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Douance: insoutenablement affective.


Je fais partie d'une population dite "minoritaire" et invisible, qui comprend vite, retient beaucoup, fait des liens entre de nombreuses choses, même involontairement, mais qui est souvent totalement inadaptée au monde dans lequel elle vit.

La douance... Comment survivre avec une sensibilité aussi prégnante dans un monde aussi abrupte et rationnel ?

Le coeur au bord des lèvres. Les larmes au bord des yeux.

Je me dis parfois que personne ne sera jamais en mesure d'aimer quelqu'un-e comme moi. Je ne sais pas si je dois expliquer mes difficultés relationnelles par ma fabuleuse capacité d'auto-sabotage ou bien par quelque chose qui me dépasse totalement et explique que certaines personnes qui passent un peu plus de temps que les autres avec moi finissent par me lâcher. Suis-je saboteur-e ou saboté-e ? C'est bien souvent ce que je me demande. Il paraît difficile de rester longtemps en ma présence. Ou est-ce moi qui fuit ? Mes démons finissent par ressortir tôt ou tard, comme à l'ouverture de la boîte de Pandore, et m'éloignent irrémédiablement des personnes auxquelles je pense pourtant être attachée.

J'ai mal, j'ai horriblement mal de ça. Dans ce genre de moment je me dis que je ne m'en sortirai jamais. La peur du rejet, la douleur de l'abandon, qui sommeillent en moi le reste du temps et depuis tant d'années, peut-être même depuis toujours, s'éveillent à nouveau.

Hyper-vigilance. Extra-lucidité. Souffrance de l'âme et du coeur. Violence et tempête intérieure. Je suis littéralement bouche bée de ne plus/toujours pas savoir comment réagir à ça, tellement c'est violent à recevoir. Serais-je donc solide intellectuellement mais misérable psychologiquement ? En permanence au bord du gouffre émotionnel ?

J'ai revu défiler des passages de mon existence affective sous mes yeux l'espace de quelques minutes et j'ai eu l'intime conviction que tout n'était que chaos. Que tout le monde finissait par m'abandonner et que je n'avais fait que souffrir. C'est insoutenable comme genre de moment. Ce truc-là précisément.

J'ai beau me dire rationnellement que ça va passer et que ça n'est qu'un sentiment parmi tant d'autres, au moment où ça se passe, c'est rédhibitoire. Et je ne peux que comprendre que l'on ait envie de se tirer une balle ou de sauter d'une falaise quand on y est. Ça fait l'effet d'une tornade. Ça ravive tout ce qui fait mal et qu'on avait tenté d'enfouir pour essayer de vivre simplement, comme les autres.

Le faux-self. Ce fameux concept de perception de soi-même complètement erronée qui impacte tant l'estime de soi. Une image de soi totalement emprunte du conformisme d'une société qui déteste les minorités, ne les comprend pas, et surtout ne souhaite pas les comprendre. Ou la difficulté à avoir une image de soi satisfaisante, et en accord avec ce que l'on est parce que l'on ne correspond pas à ce que la norme attend de nous. Quelle sensation oppressante. J'ai pourtant essayé pendant longtemps d'y correspondre, en vain, et ça me rappelle tellement de mauvais souvenirs... A croire que la différence mal assumée était écrite sur mon front et se cultivait toute seule, sans mon accord.

Ostracisme et persécutions quotidiennes ont été mon lot durant des années.


De repenser à tout ça me met dans un état d'agitation intense. Je dois absolument trouver un moyen de me calmer, d'imaginer que c'est ma petite sœur ou quelqu'un-e d'autre de ma famille, de mes ami- e-s. Parce que toutes ces vibrations négatives me donnent surtout envie de faire du mal à la personne que je suis, dans l'immédiat. Comme une tentative de reprise de la douleur, de contrôle malsain, visant à m'auto-punir d'exister. D'être ce que je suis, de ressentir ce que je ressens. De ne pas être ce qu'il faut. Je n'ai aucune bienveillance pour moi-même là maintenant. J'aurais juste envie d'en finir avec cette hypersensibilité et cette sensation de décalage quasi-permanente. Mais je sais qu'il reste du chemin à parcourir, et des solutions à trouver pour les personnes comme moi. Victimes de la norme dominante. Écarté-e-s des sentiers battus.

Je ne veux pas tomber dans l'inhibition émotionnelle, en adoptant une posture de retrait affectif total pour me protéger du monde. Je veux vivre. Seulement je ne peux pas vivre comme ça.

Ça, c'est de la survie, pas la vie. Je dois trouver des solutions, et peut-être passer par mon empathie pour les autres pour y parvenir. Tout le monde est seul-e, pas seulement moi.

L'avantage des autres c'est qu'ils n'y pensent pas comme ça. Ici il ne s'agit pas de romantisme : le Je ne manque pas d'un Toi. Il sait tout simplement que Toi n'existe pas. Ils n'ont pas cette lucidité maladive, sauf en cas de dépression. Et la dépression est une perception erronée de la réalité. Suis-je dépressive ? Si c'est le cas, alors ça se soigne. Il faut que j'accepte absolument de recréer du lien avant de finir par m'en extirper pour toujours. Les choses ne sont peut-être pas aussi dramatiques qu'elles ne le semblent. L'espoir fait vivre. Je dois absolument retrouver la signification de ce mot. Pas une définition encyclopédique, mais une signification réelle pour ne pas me laisser sombrer.

Je ne vais pas mourir, en tout cas pas maintenant. Pas de ça. Je ne vais pas passer ma vie à me consumer de la sorte. Je dois trouver des solutions pour ne pas sombrer dans la folie. Je ne suis pas folle. Juste intelligente et sensible. Très sensible. Mais normalement lorsque l'on combine ces deux éléments, on peut faire ressortir des choses merveilleuses. Ma mère dit qu'elle a commencé à regarder le monde autrement quand elle m'a eue, au travers de mon regard sur les choses. Mon regard sur le détail. Mon regard sur l'ensemble. Le charme de la danse folle qui se déploie entre les deux. « Le monde ne mourra pas par manque de merveilles, mais par manque d'émerveillement » (Gilbert Keith Chesterton). Gaby dit que cette phrase lui fait penser à moi.

« Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait » (Mark Twain). « L'expérience c'est ce qu'un Homme fait de ce qui lui advient » (Aldous Huxley).

Ça n'est donc sûrement pas cause perdue.

Emerveillez-vous et souriez quand la vie vous en donne l'occasion. Traitez-vous comme vous le faites avec vos ami-e-s, et ne vous laissez pas mourir de chagrin, quelle qu'en soit la raison ou l'événement. Accueillez symboliquement l'enfant en larme qui vient vers vous. C'est vous. Que feriez-vous si cette situation se produisait matériellement ? Vous le/la prendriez dans vos bras et ne le/la laisseriez jamais tomber. Vous veilleriez sur lui-e jusqu'à ce qu'il-le aille mieux et tienne à nouveau seul-e sur ses jambes, aussi frêles soient-elles.

La liberté a un prix : celui de la conscience de l'emprisonnement sans barreaux. Mais l'intelligence est sans limite et tout l'amour que vous portez en vous vous fait du mal parfois mais vous sauvera, tôt ou tard. Il l'a déjà fait. Ne remettez pas tout en question dès que l'occasion se présente, ne mélangez pas tout. Vous avez souffert, mais vous avez vécu.

Vivre. La vie est belle par définition.

Travailler sur votre estime de vous-même, votre Soi véritable, écoutez-le, renforcez-le.

Apprenez à lâcher prise.

La Rochefoucauld disait : « Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le chercher ailleurs ». Alors « Aime-toi pour pouvoir aimer ton prochain ». Et ça viendra.


Magritte, Le Retour (1940)


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